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2022

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The path, diameter 50cm, painting on glass

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Dark lake, diameter 50cm, painting on glass

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Pond, diameter 50cm, painting on glass

Un paysage, qu'y a-t-il à l'intérieur d'un paysage ?

 

« Une noix, qu’y a-t-il à l’intérieur d’une noix ?

Qu’est-ce qu’on y voit quand elle est fermée ? »

 

Si je fais appel à Robert Desnos pour évoquer les œuvres récentes de Sophie Dupré, c’est d’abord par association poétique… Les paysages de l’artiste, on les voit d’abord clos dans un cercle et on se dit qu’on regarde les nouvelles créations de Sophie par le trou de la serrure… Mais très vite dès qu’on s’approche des œuvres  le paysage s’ouvre, s’échappe en l’absence de cadre net d’angles. Le paysage prend l’air…

Et c’est cela qu’on aime immédiatement dans ces oeuvres énigmatiques : on croyait les paysages enclos sous une cloche de verre et voilà qu’ils sont infinis dès qu’on pose un peu son regard sur eux, ils s’encourent bien au delà de leur limite, pleins, entiers, immenses… Ensuite on croit qu’ils sont gris les paysages de Sophie, mais on se trompe encore : dans la seconde qui suit le premier coup d’œil, et pour peu qu’on s’y attarde… des couleurs surgissent, les nuances de vert des feuilles demeurées dans l’ombre, les moirages plus dorées d’autres feuilles mangées par la lumière, la chaleur brune ou noire des troncs selon leur essence, le fondu de tel massif vert acide ou le rouge de tel buisson… Et puis il y a les plans de feuillage qui se superposent, se densifient sous l’œil ou au contraire s’ouvrent sur des cieux immenses, si immenses qu’ils rendent la forêt presque petite, un point de lumière dans les lointains…

Comment pourrait-on se promener dans de tels espaces ? Ce serait tout simplement impossible, il n’y a que le regard qui puisse s’y sentir chez lui… À première vue encore, on pourrait croire que le regard s’y promène dans un hiver cotonneux, mais c’est un nouveau leurre, oui, un piège que nous tend l’artiste, et c’est très bien ainsi ! La densité des feuillages dit tout le contraire. Alors… serait-on en été ? Pas plus. Les paysages sous verre de Sophie sont de toutes les saisons en même temps et cela aussi désarçonne le regard, et rend ses panoramas ronds uniques : paysages rêvés par l’artiste ils sont semblables aux fonds des peintures anciennes, « vedute » idéalisés de Dürer ou encore de Raphael…  alors qu’ici, sous le regard aigu de Sophie, ces panoramas occupent le premier plan, et du coup imposent à tout œil qui les contemple d’agrandir sa pupille, de ce concentrer sur l’infiniment petit d’une feuille depuis laquelle on peut presque englober l’infini…

 

« Une noix, qu’y a-t-il à l’intérieur d’une noix ?

Qu’est-ce qu’on y voit quand elle est ouverte ? »

 

Ce n’est pas le moindre talent de Sophie Dupré que d’avoir ôté le globe qui tenait la forêt joliment protégée : avec son art aussi minutieux que vaste, l’artiste libère des paysages longtemps restés sous cloche pour nous les laisser sentir dans toute leur variété et leur profondeur. Enfin, c’est par une petite ruse d’accrochage que cette profondeur se double d’un léger « ombrage »: les points d’accroche des paysages les éloignent de quelques centimètres de la paroi qui les supportent et leur donne un mystère supplémentaire… comme si l’artiste était arrivée à capter l’atmosphère de chacun de ses paysages dans une auréole qui les entoure.

 

Jean-Claude Berutti

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